La première expédition de Zheng He

En 1405, la dynastie Ming est au pouvoir en Chine. De 1402 à 1424, le pays est sous le règne de l’empereur Yongle. C’est un souverain énergique et ambitieux, arrivé sur le trône après une guerre civile contre son neveu.
L’année 1405 marque le début des grandes expéditions maritimes chinoises. Pour la dynastie Ming, la Chine est le centre du monde, d’où la certitude des Ming d’être les maîtres les plus puissants sur Terre.
Une flotte massive, constituée de grands bateaux, est rassemblée. L’expédition est organisée par l’Etat et financée par l’empereur. L’objectif de ce voyage est de montrer la puissance d’ Yongle, qui voudrait établir des relations diplomatiques avec d’autres pays et de contrôler les routes commerciales.
La flotte, à la fois militaire et commerciale, est très bien structurée. Il y a les navires « supérieurs », qui transportent les amiraux, les dignitaires et Zheng He. Sur ces navires se trouve aussi une cargaison précieuse : soie, porcelaine, objets de l’art chinois, destinés à être offert aux souverains des pays étrangers. Les navires de soutien transportent les troupes et le ravitaillement : eau, riz, viande séchée, légumes conservés. L’eau est renouvelée à chaque escale. Les navires spécialisés assurent la réparation, la reconnaissance et la communication. Les navires rapides sont utilisés comme éclaireurs et messagers.
La structure du navire est composée d’une coque compartimentée, divisée en sections étanches, une téchnologie avancée pour l’époque : si une partie est endommagée, le navire ne coule pas immédiatement. On compte plusieurs ponts : stockage en bas, équipage au milieu, commandement en haut. Le navire dispose d’un gouvernail géant, monté à l’arrière, qui permet de manoeuvrer malgré la taille. Les voiles sont en bambou et en toile, faciles à ajuster.
Les marins chinois maîtrisent déjà bien la navigation. Ils utilisent la boussole magnétique, les cartes maritimes détaillées, l’observation des étoiles, les connaissances des vents de mousson, ce qui essentiel pour naviguer dans l’océan Indien. Ils planifient les trajets selon les saisons : les moussons favorables pour aller vers l’ouest et inverse pour revenir.
A bord des bateaux se trouvent aussi de nombreux diplomates, traducteurs, médecins, cartographes. Ma Huan est un célèbre interprète et traducteur en langues arabe et chinoise. Il est un musulman chinois et fonctionnaire lettré de l’Etat. Ma Huan est l’auteur de « Yingyai Shenglan », Description des rivages de l’océan. C’est une source historique majeure sur le voyage de Zheng He. Le savant décrit les ports visités comme par exemple Calicut, ville portuaire d’Inde, les coutumes locales, les religions, comme l’hindouisme et l’islam, les produits échangés, la vie quotidienne dans les régions.
Fei Xin, soldat et observateur, qui faisait aussi partie de l’expédition, a laissé, quant à lui, un autre témoignage écrit, le « Xingcha Shenglan ». Son oeuvre donne des informations sur les peuples rencontrés, les paysages découverts, les routes maritimes.
L’amiral Zheng He est nommé à la tête de la flotte, et le voyage va duré deux ans. Les navires quittent la Chine en 1405, dans le port de Nankin. L’expédition va suivre un parcours stratégique, qui commence en Asie du Sud-Est : Vietnam, Java et Malacca, qui devient un allié clé de la Chine. A l’époque, Mallaca est un carrefour important entre la Chine, l’Inde et le monde islamique. La flotte poursuit sa route dans l’océan Indien et s’arrête au Sri Lanka, et sur la côte de l’Inde. Au Sri Lanka, le roi local s’oppose aux Chinois. Zheng He le capture et l’emmène en Chine.
L’expédition visite de nombreux royaumes, ports et cités marchandes.
A son retour, Zheng He ramène des ambassadeurs étrangers et des produits exotiques : épices et animaux inconnus en Chine. Parmis les épices rapportées, on trouvait le poivre, la cannelle, la muscade. Des animaux comme des lions et des léopards ont voyagé à bord des navires jusqu’en Chine. Zheng He rapporte aussi des bois rares, des parfums, des perles.
Cette première expédition a un grand succès politique et diplomatique. Elle permet de renforcer les alliances, d’établir des relations durables avec des ports comme Calicut et d’imposer une présence chinoise dans l’océan Indien. L’expédition démontre aussi, que la Chine est capable d’envoyer une flotte énorme à des milliers de kilomètres et de contrôler les routes maritimes.



