Le journal de Samuel Pepys

L’anglais Samuel Pepys (1633-1703) fut un grand mémorialiste de son époque. Il tenait un journal, qui a été publié en 1825, bien après sa mort. Le journal de Pepys raconte la vie à Londres dans les années 1659-1669.
L’Anglais écrit dans son journal pendant près de dix ans. L’oeuvre combine événements de l’époque (roi, peste, incendie à Londres), vie quotidienne (repas, voisins, intérêts, disputes conjugales), confessions intimes. Grâce au journal, on apprend beaucoup sur la personne de Pepys, ainsi que sur l’histoire anglaise du XVIIe siècle.
L’homme commence à tenir son journal en 1659. Il y retrace la Grande peste de 1665, le Grand incendie de Londres en 1666, sa vie privée, ainsi que la vie sociale et politique de l’époque. Pepys écrit en sténographie pour garder ses secrets, et son journal ne sera déchiffré qu’au XIXe siècle. La sténographie est une méthode d’écriture abrégée, qui permet d’écrire aussi vite que quelqu’un qui parle, littéralement « écriture serrée » du grec. Il utilisait le système de sténographie de Thomas Shelton, appelé « tachygraphie ». Parfois, Pepys inventait ses propres abréviations et mélangeait plusieurs langues pour pouvoir cacher certains passages délicats du journal.
Pepys était un haut fonctionnaire de la marine anglaise et travaillait à l’Amirauté, l’administration navale pendant les guerres contre les Provinces-Unies. Sa vie professionnelle était bien organisée, il travaillait sans relâche, il exécutait ses tâches avec précision. On ne peut pas en dire autant de sa vie privée, qui était beaucoup plus agitée. Samuel était mariée à Elizabeth, mais ça ne l’impêchait pas d’être infidèle. Il avoue dans son journal, qu’il a flirté avec leur jeune servante. La situation déclencha la colère de son épouse et une dispute conjugale éclata. Pepys jura de ne plus recommencer et offrit des cadeaux à Elizabeth… jusqu’à la prochaine fois, quand une autre occasion se présentait.
Pepys adorait la musique, le théâtre, la littérature. Collectionneur passionné de livres, il consacrait beaucoup de temps à lire et à écrire, à chercher et acheter des oeuvres, qui complétaient sa bibliothèque privée exceptionnelle. Elle contenait environ 3 000 volumes. La maison de Pepys et sa bibliothèque ont été épargnées des flammes du Grand incendie. Aujourd’hui, la bibliothèque est conservée au Magdalene College de Cambridge.
Grâce à son journal détaillé, on pourrait reconstruire une journée de ce grand érudit, comme si on était à ses côtés :
Le matin, Pepys se lève tôt, souvent vers 6 ou 7 heures. Il fait une courte prière et lit un peu. Puis il consulte ses comptes, car Papys est obsédé par ses finances. Ensuite, direction l’Amirauté, où il travaille pour moderniser la marine anglaise sous le règne de Charles II. Il négocie des contrats pour la flotte et participe aux réunions.
A midi, l’homme rentre chez lui souvent pour dîner. Il décrit ses repas avec précision : mouton rôti, huitres, vin espagnol, fromage, qu’il adore. L’après-midi, Pepys rend des visites à des collègues. Il passe ensuite chez un libraire ou à un rendez-vous discret avec une femme.
Samuel adore le théâtre. Le soir, il se rend dans une salle, qui représente une pièce. Et comme toujours, l’homme fait part de ses impressions : si l’actrice était excellente, si la pièce était ennuyeuse, si le public était élégant. Souvent le soir, Pepys joue du frageolet ou chante chez lui, car pour lui la musique est une grande passion.
La nuit, avant d’aller se coucher, il écrit dans son journal : il critique ses amis, il confesse ses jalousies…et il compte son argent.
Musique, théâtre, bonne nourriture, livres, intrigues politiques, grands événements historiques, infidélités envers sa femme : tout y trouve une place dans son journal.
Tout comme la Grande peste de 1665. On estime, qu’elle a tué environ 100 000 personnes. Pepys dépeint la peur, les rues désertes, les charrettes transportant les morts, les familles entières, qui disparaissent emportée par la maladie. Pepys consulte chaque semaine les Bills of Mortality (les listes officielles des morts). Il écrit qu’il est « troublé », mais il continue de travailler à l’Amirauté. Samuel mâche du tabac pour se protéger contre la maladie, porte avec lui des herbes aromatiques, évite l’air « corrompu ». Le mari envoie son épouse hors de Londres par prudence. Pepys observe les spéculations, les abandons de maisons, la désorganisation administrative. Il note des chiffres terrifiants : plus de 6 000 morts de la peste en une seule semaine, et plus de 7 000 décès selon les Bills of Mortality, c’est le pic de la maladie. Il raconte que des familles entières décédent en quelques jours, des domestiques fuient leurs maîtres malades, on voit des enfants abandonnés partout. L’homme écrit : « Très grand nombre de morts cette semaine. Cela m’afflige ». Et plus bas : « Dîner agréablement. Et ainsi au lit » … malgré tout , la vie continue. Dans ce temps de troubles et de morts, Pepys mentionne des rumeurs de suicides déguisés. Dans un contexte où les autorités étaient débordées, certains crimes ont probablement eu lieu sans suite judiciaire.
L’incendie de Londres débute dans la nuit du 1er au 2 septembre 1666, dans une boulangerie. Il détruit plus de 13 000 maisons en bois. Pepys assiste à la destruction de l’ancienne cathédrale de Saint-Paul.
L’homme décrit le chaos. Il monte sur une tour pour observer la ville en feu. Il voit des maisons exploser sous la chaleur. Il note, que les gens partent avec leurs meubles, les quais son encombrés. Pepys fuit avec sa famille, mais il n’oublie pas de mentionner, qu’il a enterré son fromage et son vin dans son jardin pour les sauver.
Dans son journal, Samuel Pepys décrit la vie à Londres de son époque sous toutes ses coutures. Et on comprend, que malgré les différences entre les classes sociales, les catastrophes pouvant survenir et mettre en peril l’existence des habitants, la destruction des villes entières, il y a de bons moments. Ainsi Pepys trouve du temps à consacrer à ses passions et à la bonne table… et la vie continue.



