Le chat dans l’art et les croyances

Avant que le Déluge frappe la Terre, Yahvé ordonna à Noé de construire une arche afin de pouvoir échapper, avec sa famille, à ce cataclysme fatal. Yahvé dеmanda au Patriarche d’embarquer aussi un couple de chaque race animale… Ainsi, dit la Bible, l’espèce humaine et animale ont été sauvées.
Voila comment le chat, lui aussi, a été épargné des eaux du Déluge…
On ne sait pas où et quand le chat est entré dans les croyances des anciens peuples et dans le Panthéon des êtres sacrés.
Grâce aux fouilles archéologiques, à l’art et à l’écriture égyptienne, on a découvert, que l’animal a été particulièrement vénéré dans ce pays, situé sur les rives du Nil.
C’est en Egypte, qu’on a trouvé des preuves de domestication des chats, il y a 4 500 ans. On a mis à jour de nombreuses momies de ces animaux, posées dans les chambres funéraires, ensemble avec la momie du maître, où on mettait aussi tous les objets précieux et nécessaires pour la vie après la mort. La momification était le moyen de préserver le corps du défunt sur terre, soit en un être humain ou un animal sacré, car il aurait besoin de son corps physique une fois ressuscité dans l’autre monde.
Dans le Panthéon égyptien, Bastet est la Déesse aux traits d’une chatte ou d’une femme à la tête d’une lionne. On lui a dédié de nombreuses statuettes de chattes assises, qu’on appelle également « bastet ». Le Musée du Louvre garde une très belle statuette « bastet » de la Déesse, datée vers 640 av. J.- C.
Les fidèles de la Déesse- Chatte lui ont consacré un lieu d’adoration : le temple de Bubastis, à 90 km du Caire (aujourd’hui Tell Basta).
Des papyrus égyptiens démontrent, que le culte de Bastet jouait déjà un grand rôle dans l’Ancien Empire (v. 2 800- v. 2 300 av. J.- C.). Cependant, les Egyptiens n’avaient pas de mot pour « chat » (ou du moins nous ne connaissons pas) : ne possèdant pas sa propre écriture, le mot se faisait par transfert avec le miaulement de l’animal. Les Egyptiens utilisaient des lettres pour le « mjw », à qu’ils ajoutaient le silhouette d’un chat.
L’histoire a gardé une anecdote liée à cette vénération des chats par les Egyptiens : les Perses, qui connaissaient ce fait, l’utilisèrent lors du siège du Péluse (cité de la Basse- Egypte) en 525 av. J.- C. Les Perses lièrent des chats vivants sur leur torse et montèrent à l’assaut. Les Egyptens se rendirent sans combattre, car ils ne voulaient pas tuer les animaux.
Les chats étaient tellement vénérés et adorés par les Egyptiens, qu’ils avaient strictement l’interdiction de les exportés vers d’autres pays. Mais des voyageurs grecs volèrent des chats égyptiens et les introduisirent en Grèce. A leur tour, les Etrusques, proches voisins des Grecs, adoptèrent les chats dans leur vie quotidienne. Ainsi, sur une belle fresque étrusque, découverte à Tarquinia, ville de l’Italie centrale, on peut voir ce petit animal se promenant dans une salle de banquet.
Et les chats gagnèrent Rome, par l’intermédiaire des Etrusques…
Chez les musulmans, le chat porte chance. L’animal vit dans sa baraka et peut avoir sept vies.
En héraldique, le chat symbolise la liberté, car cet animal refuse d’être enfermé ou emprisonné.
Dans l’art roman, il est représenté souvent sous la forme de gargouille.
On retrouve le chat en France dès l’époque des Mérovingiens au VIe siècle. On raconte, que des moines, vivant dans la solitude, appréciaient la compagnie de la petite boule de poils. Mais à partir de cette époque, l’attachement de l’homme pour ce felin devint suspect aux yeux de l’Eglise catholique, qui condamna sans pitié la relation avec l’animal. Ainsi, le chat n’apparaît pas dans l’iconographie chrétienne au Moyen Age: ni dans les peintures, qui traitent des sujets religieux, ou qui représentent des nobles et des scènes de la vie des braves gens, ni dans la littérature « sérieuse »… mais on retrouve le chat dans les oeuvres, où il est question du mal, du diable, de sorcières et de volupté…
Le chat a des poils, des griffes rétractiles, des yeux oblongs et brillants, des oreilles triangulaires. Il possède de longues moustaches, qui l’ aident à se déplacer dans le noir et à localiser sa proie. Les coussinets sur ses pattes lui permettent de circuler sans le moindre bruit et de chasser sans être repéré. Il possède une souplesse incroyable et ne « tombe » jamais sur son dos… Tous ces facultés et ce comportement de prédateur ont suffit pour considérer le chat comme un animal, qui passait pour être l’allié des puissances ténébreuses. Alors, il était déconseillé de prendre un chat comme animal de compagnie.
Dans le monde hostile et angoissant du Moyen Age, des croyances, nées de l’imagination des gens, les aidaient à comprendre les événements et à trouver une explication rationnelle pour leurs manifestations, car beaucoup de maladies, de périodes de mauvaises récoltes, entraînant la famine et des hivers rudes dictaient la vie. Et chaque événement pouvait être provoqué par une personne ou un animal, bienfaisant ou maléfique. Alors, on se méfiait des gens bizarres, qui avaient par exemple des cheveux roux ou une bosse, ainsi que des animaux nocturnes et prédateurs. Ainsi, de nombreux braves hommes de l’Eglise écrivaient des oeuvres pour aider les gens à différencier le mal du bien.
Alors, on décréta que le chat symbolise le féminin à cause de la volupté, la lascivité, la coquetterie de ses attitudes et son goût pour les querelles. Il était considéré aussi comme un animal cruel et un voleur car il attrape les souris aussi vite que le Démon attrape les âmes. Et en plus s’il était noir, le chat était forcement l’incarnation du diable. On disait, que de rencontrer un chat le matin, gâchait le reste de la journée. Et si on le voyait le jour de l’an… on pouvait se préparer à vivre 365 jours de malheur! Si le chat faisait sa sieste sur une tombe, il était sûr que l’âme du mort brûlait en enfer. Certes, les marins prenaient des chats à bord pour y chasser les rats… sauf s’ils étaient noirs. Et un chat blanc, qui sortait la nuit, était accusé de voler les rayons de la lune et de se transformer en être dangereux.
Mais surtout, le chat était l’animal fétiche de la sorcière, car il pouvait l’emporter aux sabbats…
Quelques siècles plus tard, le chat a fait de nouveau son rétour dans la peinture, la littérature et au cinéma.
Le musée de Cluny garde un « Chat se léchant sur un soufflat », miséricorde, XVe siècle.
Les frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu, peintres français du XVIIe siècle, signaient ensemble leurs oeuvres. Le tableau « Portraits dans un intérieur », attribué à Antoine ou Louis Le Nain, est gardé au Musée du Louvre. Il désigne les portraits de plusieurs personnes de différents âges, positionnées en deux groupes. Et devant chaque groupe on aperçoit un animal domestique : un chien à droite et un chat couché à gauche. Ce tableau témoigne non seulement du code vestimentaire de l’époque, du respect envers les ainés, assis à table, mais aussi de l’attachement des gens pour les animaux domestiques, qui eux aussi, ont le droit d’avoir leur place sur ce tableau idyllique et familial. Sur une autre peinture de Louis Le Nain, « Famille de paysans » le spectateur « entre » dans la chambre d’une famille paysanne, installée autour de leur table. Et encore une fois, on voit un chien et un chat. Le félin est couché sur le sol devant la table, entre les pieds de deux enfants.
François Boucher (1703- 1770) fut le peintre le plus populaire de son temps. Il traita des sujets de la vie douce et agréable et fut le peintre de la galanterie, des amours légères, de la frivolité et de l’esprit libertin. Dans sa toile « La Toilette » de 1742 (Lugano, Thyssen- Bornemisza Collection), on voit l’incarnation de tout ça : deux jeunes femmes, qui font leur toilette dans une chambre richement décorée et meublée. On découvre le monde de ces dames très coquettes : la cheminée, le paravant, le grand miroir, les objets de toilette dispersés autour d’elles. Et entre les jambes de la fille assise, qui lève son jupon pour pouvoir attacher les bas, on remarque un joli chat roux avec une pelote de laine devant lui. Tandis que les deux coquettes se jettent des regards complices entre elles, seul celui du chat croise le notre, comme si le petit animal nous disait : « Venez jouer avec moi, lancez- moi la pelote de laine ».
Etienne Aubry, peintre français du XVIIIe siècle, représente sur ses tableaux la vie des gens de cette époque. Dans la Bibliothèque nationale de France se trouve l’un de ses oeuvres, « Paysan et paysanne », sur lequel on voit une famille de paysans avec leurs enfants, ainsi que leur chat, confortablement installé sur la cheminée.
Le célèbre écrivain et poète français Charles Baudelaire décrit « Les Chats » dans ses « Fleurs du mal » (1857) :
« Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques/ Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin/ Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques ».
Un tableau particulier a provoqué l’indignation dans le monde de l’art : il s’agit d’« Olympia », réalisé en 1863 par le peintre français Edouard Manet. Aujourd’hui, l’oeuvre se trouve au Musée d’Orsay à Paris. On voit « Olympia » nue, bien installée dans son lit, avec un regard tourné vers celui qui observe le tableau. Et à ses pieds, dans le noir, on distingue le silhouette, les pattes et les yeux d’un petit chat aussi noir.
Dans le Musée de l’Affiche à Paris, est exposée « l’Affiche pour la Tournée du Chat noir avec Rodolphe Salis », réalisée par Théophile Alexandre Steinlen en 1896 pour le Cabaret du Chat noir, qui accueillait les bohèmes de l’époque. A cette époque, le chat devint le symbole du confort et de la tranquillité dans un monde opprimé, où beaucoup d’artistes restaient incompris et leurs oeuvres furent rejetées par la société.
Vers 1904, le peintre Charles Camoin réalise le tableau « La fille au chat ». On voit une jolie jeune fille assise sur une chaise, son regard tourné vers un gros chat qu’elle tient entre ses mains. La couleur des cheveux roux de la fille et de sa robe faite de carrées de tissu rouge et bleu tranche avec celle du chat, qui a des poils noirs et blancs. Le félin a les yeux fermés, peut- être il s’est endormi entre les mains de la fille, en ressentant sa douceur et son amour. On devine ce moment de calme et de tendresse entre la fille et le chat, et on éprouve presque instinctivement le besoin de ne pas parler pour ne pas réveiller l’animal.
Dans le cinéma, une femme se transforme souvent en une chatte. Ainsi, la légende et la fiction se rejoignent sur le grand écran pour donner naissance à de nombreuses histoires… une femme prend l’apparence d’une chatte et comme l’animal, elle boit du lait, elle a sept vies, elle a un corps très souple, elle se déplace sans bruit, elle a un caractère capricieux, elle attaque à la vitesse d’un éclair. Et en plus, elle est très belle et séduisante. Ainsi, la célèbre actrice américaine Michelle Pfeiffer devient la « Catwoman » dans le film « Batman ».
Le grand studio Disney lui aussi a « donné » plusieurs rôles au chat dans ses contes. Parfois l’animal est méchant, comme dans « La Belle et le Clochard », où Si et Am, deux siamois aux yeux cruels, sont des vrais « démons », qui déchirent les coussins avec leurs griffes, qui font tomber un beau vase, qui ouvrent la cage des oiseaux… Mais les chats peuvent être adorables et gentils, comme dans le conte « Les Aristochats », où il est question de quatre chatons talentueux et leur mère, très protectrice.
Encore une série très connue a fait une bonne place au chat… on voit Alf, l’extraterrestre drôle et maladroit courir derrière le chat de la famille Taner, pour le chasser et le manger… car sur sa planète, avant qu’elle ne soit détruite, le chat faisait partie de l’alimentation de ses habitants.
Il est intéressant de noter, que le nom « chaton » est également employé en bijouterie : l’expression vient de « sertir », du latin « sartus », part. passé de sarcir, « raccommoder » : enchâsser une pierre précieuse dans un chaton au moyen de griffes de métal. Sur le chaton, qui est un entourage métallique en forme de disque, plein ou ajouré, on fixe les pierres précieuses pour créer des bagues ou des anneaux.
Le chat a fait aussi « irruption » en pâtisserie avec un petit gâteau sec, qu’on appelle « langue- de- chat ».
Dans l’art, sur le grand écran, en pâtisserie, à la maison… le chat est partout… il dort, il chasse, il vient dans nos bras, il se cache, il joue, il nous regarde attentivement ou nous ignore… il fait tout simplement partie de notre vie.




