L’art à se vêtir, partie 2
Sous l’Empire romain, l’historien latin Tacide (v.55 – v.120) décrit les barbares de Germanie. Il nota que les tribus éloignées du Rhin portaient des « peaux de bêtes sauvages » en précisant qu’il s’agit de « peaux bariolées d’animaux originaires de l’Océan extérieur et de ses eaux inconnues ». Il note que « Les Suèves attachent leurs cheveux sur un côté en laissant un noeud qui a la forme d’un 8. Ce chignon est la marque d’une „naissance libre“. Cette coiffure distingue le peuple des Suèves des autres peuples germains ». Le célèbre poète latin Ovide (43 av.J.- C.- v.17) écrit : « Les Germains âgés se teignent les cheveux avec de la guède, une plante dont les feuilles, qui servent à teindre des étoffes en bleu foncé, rendent les cheveux blancs plus sombres ».
Les Dieux aussi portent de splendides vêtements selon la mode et les goûts dans le pays, où ils sont adorés. Ils sont munis d’attributs, qui les différencient des autres divinités.
Une magnifique fresque romaine du Ier siècle, à Pompéi, en Italie, montre Enée blessé, avec son fils Iule. Enée, prince troyen légendaire, fils d’Anchise et de la Déesse Aphrodite, est soigné par le médecin grec Iapige. On voit les étoffes et les couleurs des vêtements des trois principaux personnages. Enée et son fils portent des sandales, et Iapige des chaussures. A côté du médecin, on aperçoit une femme avec sa coiffure et en arrière- plan, l’armement des soldats.
La Basilique San Vitale, Ravenne, en Italie, est decorée avec de magnifiques mosaïques, témoins de l’art byzantin. C’est Justinien Ier (482- 565), grand conquérant, qui édifia des monuments à Ravenne et Constantinople. A Ravenne, des mosaïques montrent « L’Empereur Justinien et sa suite », ainsi que sa femme, « L’impératrice Théodora et sa suite ». On voit les vêtements des hommes et des femmes de la cour, richement drapés et colorés, et les couronnes, que portent les souverains. Justinien porte un manteau de pourpre orné d’une garniture de soie avec des canards bleus dans des cercles rouges. Le vêtement de Théodora comporte une bordure avec des scènes de l’Adoration des Mages. Le costume impérial est enrichi de pierres précieuses et de nombreux ornements : colliers, tablion incrusté dans la grande chlamyde de pourpre de Justinien, qui porte la couronne de forme évasée dite « stemma » avec pendeloques. L’impératrice porte un panache de pierreries et les femmes de sa suite des résilles enrichies de perles et des boucles d’oreilles.
En France, les paysans et les voyageurs gaulois portent un capuchon en laine, le « cucullus »,qui est à l’origine de la tenue des moines, et des braies, des pantalons qui tiennent chaud. Les vêtements des plus riches sont tissés de fils d’or. Les Gaulois ont une grande passion pour les bijoux, les coiffures, les teintures et les vêtements. Ils se servent de boules de savon, ou « sapo » pour colorer leurs cheveux en roux. La tunique gauloise à manches longues est commune aux deux sexes, aux gens de voyages, paysans et enfants : les hommes la portent courte, avec ou sans ceinture, et chez les femmes elle est longue. Des chaussures basses complètent le costume. Le manteau typique est le bardocucullus, capuchon monté sur une chape circulaire dont la longueur est variable. Le capuchon est fermé par des cordons et la partie inférieure découpée en feston.
Les Gaulois et les Germains teignent les tissus en violet avec des baies de myrtille. Les Romains les imitent et utilisent cette couleur pour teindre la tenue des esclaves. Les Romaines portent des robes de soie. Elles adorent tellement les perles fines récoltées dans l’Océan Indien, qu’elles en mettent sur leurs chaussures. Des statues de Rome montrent les hommes avec la toge et ses divers modes d’enroulement. La femme romaine porte à la grecque le chiton à replis attaché sur les bras par des fibules et recouvert d’un châle, le supparum. La fresque d’Herculanum, « Esclave coiffant une jeune fille », à Naples, au Musée national, montre les divers modes d’ajustement des châles et donne une idée de leurs riches couleurs et de leurs décors. Les coiffures et les bijoux sont très variés.
Le costume masculin reflète l’aspect militaire de tous les peuples d’Europe pendant l’époque des Mérovingiens. Ainsi, l’auteur Sodoine Apollinaire note, que les Francs de cette époque sont habillés d’un vêtement étroit, qui s’arrête au dessus du genou et qui laisse les jambes nues. Plus tard, un autre auteur marque, que les mêmes Francs portent les longues braies de toile ou de cuir souple des anciens Gaulois, serrées à la jambe par des courroies.
A l’époque carolingienne, on retrouve les braies de toile dans le costume de Charlemagne. Les femmes portent généralement la stola, robe longue blousant à la taille sur une ceinture de cuir, et décorée autour de l’encolure d’une bande brodée, se prolongeant par- devant jusqu’aux pieds.
Sous Haroun- al- Rachid (786- 809), le célèbre calife de la dynastie des Abbassides, Bagdad devient l’une des plus riches et brillantes villes de son époque. Le royaume du calife prospère, les savants, les poètes et les musiciens sont bienvenus dans son palais. A Bagdad tout brille, tout est magnifique, tout attire le regard et la curiosité des gens et des voyageurs étrangers. La mode fait partie de ce monde merveilleux, un monde sorti des « Mille et Une Nuits ». Partout règne un goût de raffinement, partout on voit des étoffes époustouflantes et des bijoux d’une rare beauté. Ce goût oriental influença tous les peuples envahis, et se propagea loin des frontières de l’empire de Harun- al- Rachid.
La mode et les tissus orientaux furent bien appréciés par les Croisés. Le temps des Croisades et des pèlerins entre le XIIe et le XIVe s., offrit aux Européens non seulement des combats, de longues traversées, des maladies et de l’épuisement, mais aussi des découvertes inattendues et lointaines, des rencontres avec une culture brillante et des peuples exotiques. Dès leur arrivée en Palestine, les Croisés tombèrent sous le charme de son climat chaud et de la mode locale. Partis de leurs pays en Europe, ils s’étaient engagés dans un très long périple, dangereux et presque sans espoir de retour. Ils avaient laissé leurs proches, leurs familles et leurs villages, sans savoir si un jour ils pouvaient les saluer à nouveau. Le parfum sucré des épices inconnus, la beauté des tenues multicolores, la légerté des étoffes, les rayons chauds du soleil, les ont incités à rester dans ces terres orientaux des «Mille et Une Nuits ». Les Croisés n’étaient pas que des pelèrins, mais aussi des chevaliers. Le chevalier revêt une broigne, de forte toile ou de cuir, garni d’une armature de cuivre ou de corne ou un haubert, cotte de mailles, formé d’anneaux ou de mailles rivées. Un baudrier, qui supportait l’épée, se met sur le bliaud. Le haubert formait une coiffe protégeant la tête et le cou et laissait le haut du visage à découvert. On ajoutait une calotte de fer et un grand casque de combat. Le haubert, présent déjà au XIIe s., se transforma avec les Croisades : on l’allégea par les fins tissus de mailles orientaux, fabriqués à Damas. On le compléta de chausses et de gantelets de mailles à doublure intérieure de toile ou de cuir. Par dessus le haubert, le chevalier endossait la cote d’armes, surcot d’étoffe sans manches ou à manches courtes. Les Croisades ajoutèrent à ce costume de guerre la robe flottante des Arabes. Le pan de cuir du heaume se métamorphosa en chaperie légère. Et les chevaux, jusque là nus sous la selle à arçon très élevée, furent protégés contre les flèches par des housses longues et flottantes.
En Amérique centrale, la civilisation des Mayas connut son apogée du VIIe au IXe siècle. Les habitants portaient des vêtements de plumes, ornés de cuivre, d’argent, d’or, de jade et de coquillages. Au Mexique, le roi « guerrier » maya porte une lance, un bouclier et un costume couvert de symbole de mort : crâne, os croisés et noeuds, qui évoquent la capture et le sacrifice. Le haut du corps du souverain maya représente le ciel et la ceinture de ses vêtements est décorée de symboles célestes comme le Soleil, la Lune et les étoiles. Le bas de son corps, qui représente la terre, est recouvert d’une jupe courte en peau de jaguar de telle façon, que la tête de l’animal orne le devant de la jupe.
Les habitants de la montagne au Pérou tissaient leur tenue avec de la laine de lamas, qu’ils teignaient en rouge. Il obtiennent la couleur avec des cochenilles, des insectes parasites qu’on trouve sur une sorte de cactus. Une fois séchée et pilée, la cochenille donne un colorant rouge carmin.
En Ethiopie, du côté de la mer Rouge, les gens qui habitent dans des cavernes portent uniquement de larges ceintures, qu’ils fabriquent avec des cheveux tressés.
Le hommes du peuple des Zendjes, en Somalie, s’habillent avec des peaux de panthères.
En Inde, les chasseurs, les bouchers, les bourreaux, les fossoyeurs, les pêcheurs devaient porter les vêtements prélevés sur les cadavres, car leurs métiers, qui les mettaient en relation avec la mort, étaient jugés impurs.
Entre le VIIe et le XIVe siècle, les Khmers, peuple du Cambodge, créèrent une civilitation brillante. Sur un bas- relief à Angkor Thom, appelé « Le Devin » on peut voir plusieurs femmes habillées selon la mode du pays, leurs coiffures et les bijoux, qu’elles portent.
Du XIVe jusqu’au début du XVIe, la tenue en Europe est soumise au concept de la beauté idéale, qui a commencé à se manifester dès le XIIIe s. Tous les poètes et artistes cherchent la beauté dans leurs oeuvres, la montrent et la vantent. C’est surtout en Italie, que les hommes de l’art comme Giotto, Pétrarque, Dante, Boccace, Raphaêl, Jacopo Bellini, donnent libre cour à leur imagination. Le dessinateur de mode Pisanello réalise des esquisses, comme « Projets de costumes de cour », début du XVe s., gardé à Chantilly, musée Condé, où on voit la longue gamurra de la femme et sa coiffure volumineuse. L’homme à côté d’elle porte un chapeau, des vêtements décorés de plumes et un manteau, allant jusqu’aux genoux.
La Bibliothèque national de France, à Paris, garde l’oeuvre de Tacuinum Sanitatis « La boutique d’un tailleur italien », fin du XIVe s.
Maître Bertram est l’auteur de « La Vierge tricotant », fragment du retable de Bexterhude, fin du XIVe s., Hambourg, Kunsthalle.
Le célèbre tableau « Jean Arnolfini et sa femme » de Jean Van Eyck, 1434,à Londres, au National Gallery, reflète la mode de l’époque, en montrant le costume de la bourgeoisie. Arnolfini porte une tunique de velours doublée de fourrure sur un pourpoint noir aux poignets brodés d’or et un chapeau de feutre ras, en tronc de cône renversé. Près de lui, se trouvent ses patins de bois à larges brides et à deux talons. Sa femme a une robe de drap garnie de létices: ses grandes manches pertuiséees sont ornées de déchiquetures encoquillées. La huve de lingerie s’appuie sur deux truffaux enveloppés d’une résille dorée. La ceinture haute, placée sous les seins, est de mode à cette époque.
La cour royal d’un pays développait sa propre mode, imitée souvent par les autres souverains. Le sultan ottoman Mehmed II Le Conquérant portait le grand turban sur sa tête, la reine Elisabeth Ire d’Angleterre des robes à haut col, l’impératrice d’Autriche Marie- Thérèse des robes avec de grands décolletés. La reine de France Marie- Antoinette s’affichait avec d’énormes perruques.
Il y avait le monde des rois et des reines, des favoris et des favorites, des bals et des fêtes, où la tenue, les bijoux et les coiffures ont été faits pour être montrés et pour éveiller l’admiration. Il y avait le monde des aristocrates et des bourgeois, des marchands riches et des artistes, qui pouvaient vivre de leurs oeuvres. Mais il y avait aussi le monde des simples gens du peuple, qui travaillaient dure et des pauvres, qui ne pouvaient même pas se permettre de porter des vêtements convenables.
Et chaque époque de notre histoire, avait ses opinions, ses préférences et sa mode vestimentaire. Une tenue, qui a été « en vogue » à un moment précis, pourrait être juger aujourd’hui ridicule ou drôle. Et c’est ainsi, jusqu’à nos jours, que la mode et la tenue changent sans arrêt, en se pliant aux exigences de la société actuelle.


