
Saint- Louis, fondée en 1586, est la plus ancienne cristallerie de France. L’usine de la marque, qui se trouve en Moselle, est le symbole du luxe à la française et d’un savoir- faire ancestral. L’histoire commence en 1586 avec la création de la verrerie en Münzthal, Moselle. En 1676, l’anglais George Ravenscroft met au point le procédé de fabrication du cristal. En 1767, promue verrerie royale, elle devient la verrerie Saint- Louis. En 1781, l’usine se tourne vers le travail du cristal et se consacre à la technique spécifique qui exige cette matière. Et en 1825, l’usine abandonne définitivement la production du verre et se concentre uniquement sur celle du cristal. En 1859, la cristallerie se lance dans la production de luminaires. Dans l’usine, le travail est dicté par la chaleur des deux fours. L’un est le four à bassin consacré au cristal incolore. Le cristal, né de l’ajout d’oxyde de plomb à la composition du verre et qui fusionne à 1 450 degrés, s’écoule jour et nuit. L’autre est cellui à pot destiné au cristal de couleur. Et à chaque pot, il y en a 10, correspond une couleur obtenue grâce à l’ajout d’oxyde métallique. On utilise par exemple le chlorure d’or qui donne le rouge, l’oxyde de cobalt pour obtenir le bleu foncé. La qualité des pots est très importante. Ils sont fabriqués avec une terre réfractaire riche en alumine et leur durée de vie ne depassent pas trois mois. Il faut dix jours pour façonner un nouveau pot et dix- huit mois pour le sécher. Pour remplacer des pots, il faut d’abord casser une partie du mur qui encercle la basse du four. Ensuite on doit retirer le creuset en place et installer le nouveau. L’operation est très technique et délicate : il faut faire le tout sans arrêter le four en moins de 30 min car la température baisse trop et les autres pots peuvent être endommager. Pour éviter une eventuelle panne, il y a toujours deux potiers qui travaillent sur place en continu.
Les ouvriers travaillent dans une synchronie remarquable et chaque de leurs gestes est dicté par le rythme de refroidissement de la matière. Les cueilleurs prélèvent le cristal en fusion, les verriers façonnent la matière, soufflent la paraison, l’arrondissent à la mailloche ou l’étirent à la pince.
Chaque jour, entre 1 000 et 1 500 pièces du cristal sont fabriquées à Saint- Louis. Après d’être née d’une boule de feu et du souffle des travailleurs, la pièce passe par le four de recuisson avant d’être refroidie progressivement. Ensuite vient l’étape des „choisisseuses“ qui examinent chaque pièce soigneusement et au moindre défaut, elle est écartée. Les pièces parfaites passent au compassage qui consiste à tracer à la main au feutre les motifs choisis pour leurs décoration. Après cette opération, les tailleurs réalissent leur ouvrage. Pour donner du relief à leur création par exemple, ils peuvent se servir d’une meule diamantée, avec une granulométrie différente selon les motifs désirés. Pour la décoration des pièces on utilise la gravure soit à la maule de pierre, soit à l’acide. La gravure à l’acide consiste à inscrire à la surface du cristal, à l’aide de bitume de Judée, les motifs transférés d’un pochoir. L’acide „mord“ les zones ajourées et crée un décor dépoli. Ce décor peut être peint à la main à l’or 24 carats ou au platine.
Saint- Louis est la dernière cristallerie au monde qui maîtrise la technique de presse papier : les décors de cristal sont réalisés à la main et assemblés à la pince avant d’être emprisonnés dans plusieurs couches de cristal. Et cette superposition donne un jeu d’optique. Cette technique, stoppée pour un moment, a été repris de nouveau en 1953 à la demande d’un collectionneur qui voulait des pièces en presse papier pour commémorer le couronnement d’Elizabeth II.

